Bittacomorpha

Observations particulières relatives aux espèces retrouvées à Port-au-Saumon.
Bittacomorpha clavipes




Vidéo : Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=NigNkdk9xmY
Stacks Image 69
Photo: domaine public
Stacks Image 64
Crédit photo: Denis Turcotte

Observatoire de la biodiversité à Port-au-Saumon



Bittacomorpha clavipes


Il arrive qu'au Québec, l'entomologiste croise un insecte dont la forme et le comportement présentent un point d'interrogation en ce qui a trait à son existence dans notre province. S'agit-il d'une espèce nouvelle ou d'un taxon provenant d'une autre contrée peut-être plus exotique? Eh! bien non. Le naturaliste rencontre simplement le Bittacomorpha clavipes, une mouche de la famille des Ptychopteridae.

Ainsi, le 31 juillet 2005, dans le rang Ste-Mathilde (d.r. de Charlevoix-Est), je descends de la voiture conduite par Denis, le filet en main. Celui-ci a aussi un filet et son appareil-photos numérique. Nous nous retrouvons dans un très petit ruisseau aménagé dont l'eau déborde de chaque côté pour former un sol détrempé.

Soudainement, nous commençons à voir un insecte dès plus étrange. Les anglophones l'appellent ''mouche-fantôme'' ou ''mouche-tipule-fantôme''. L'observateur voit un insecte au corps très étroit et effilé d'où émergent trois paires de pattes très longues et délicates. Les tarses des pattes sont très renflées. Les chercheurs ont découvert que ces structures dilatées sont munies de trachées qui captent les courants d'air et permettent à la mouche de se tenir en suspension dans les airs, ses pattes pendantes, qui font penser à des échasses. L'insecte semble se déplacer par poussées successives vers l'avant.

Pouvez-vous imaginer que ces mouches étranges ont fait l'objet de recherches de pointe? On apprend que les femelles déposent leurs oeufs un par un ou encore par ''grappes'' au bord de l'eau, que les larves se nourrissent de matière en décomposition, qu'elles respirent grâce à une structure tubulaire située au bout de l'abdomen. Les chercheurs ont pu établir que ces larves ont quatre stades en étudiant leurs capsules céphaliques (dans la tête). Ils ont même trouvé les pupes dans le sol humide.

Nous avons observé des accouplements et quelques pontes dans l'eau du sol détrempé. Lorsque les individus volent à l'ombre, nos regards privés de lumière ne voient que les bandes blanches de leur corps d'où le nom Mouche-fantôme. Ils semblent apparaître et disparaître comme des fantômes. Pour le moment, les chercheurs pensent que les adultes Bittacomorpha se nourrissent peu ou pas du tout.

En bref, si vous voyez ces insectes fascinants aux abords des mares ou des cours d'eau, vous avez la chance d'observer des insectes aux caractéristiques uniques. Mais surtout n'essayez pas de les collectionner dans le but de les monter sur épingles entomologiques. Les pattes fragiles se détachent au moindre choc. On peut tout au plus en récolter quelques uns pour les conserver en alcool d'où les pattes se détachent peut- être, mais au moins l'insecte s'y trouve conservé en pièces détachées…

Ne manquez pas de voir ci-dessus les belles photos de Bittacomorpha clavipes que Denis Turcotte a prises et qu'il a, ma foi, fort bien réussies.

Raymond Hutchinson